Buson

"Vers la fin de sa vie. Buson a abandonné totalement la peinture, pour se consacrer exclusivement à la poésie. Il enseignait à ses élèves la nécessité d'étudier respectueusement les oeuvres du passé pour en dégager les idéaux des grands maîtres. Pour lui, il n'était de vraie poésie que dans une symbiose harmonieuse avec le monde - un monde appréhendé dans une constante égalité d'humeur permettant de composer les haïku dans cette disposition particulière de l'esprit, proche de la dévotion esthétique, qui leur donne,  par-delà leur apparente banalité, leur vrai sens. Pour Buson, le poète ne peut atteindre le lyrisme qu'à partir d'une sensibilité authentique liée à ce calme et profond sentiment de la fugacité du temps. 
(...) ces trois vers ne deviendront poésie en soi que sous l'impulsion de Bashô: le haïku, par sa simplicité même, par la vacuité qu'il ouvre dans la matière du monde, débouche sur un instant de lumière qui prélude à l'éveil. Le vide prend forme.
Par son extrême concision, le haïku requiert un emploi très restreint de mots. Il s'est donc créé très vite un code permettant de suggérer, dans le texte comme dans l'espace entre les mots, beaucoup plus de choses qu'il n'est dit en vérité. Chaque poème se rattache à une saison (nos quatre saisons traditionnelles plus le Nouvel An, considéré lui-même comme une cinquième saison), qui servira à les classer, leur assignant naturellement un ordre. Leur appartenance à une saison peut être franchement indiquée ou simplement insinuée par un mot qui l'évoque: on peut lire tout autant "le vent automnal" que "les feuilles d'érable", sous-entendant les feuilles d’érable rouges, et, par conséquent, l'automne. De même le mot "fleur(s)" sous-entend évidemment les fleurs de cerisier - et donc le printemps. 
On emploie par ailleurs, dans le haïku, quelques interjections ou exclamations particulières,  les kireji, qui permettent au poète de respecter le nombre et le rythme des syllabes (5-7-5), tout en ajoutant au poème une touche indéfinissable de confidence, l'aveu furtif de son état d'âme ou de son sentiment profond. Les kireji les plus fréquemment employés sont ya, kana et keri. Ya souvent placé vers le début du haïku, correspond assez à notre oh! ou ah!: il marque l'admiration ou l'étonnement - parfois le doute. Kana marque, en le soulignant, le centre poétique, quasi névralgique, du haïku. Agissant comme point d'exclamation, il peut être traduit, selon le cas, par que, quel, comme, etc. Il peut aussi être introduit plus simplement par le seul contexte. Keri, comme kana, se rencontre souvent à la fin du poème ; il exprime plutôt le regret, la résignation mélancolique devant toute chose qui a cessé d'être. 
(...) la musicalité est très importante (...) c'est une des préoccupations majeures du poète pour qui son haïku doit être, selon Bashô "retourné mille fois sur la langue". Sont donc fréquentes l'allitération, l'assonance et l'onomatopée. Parfois même est utilisée une suite de monosyllabes permettant, à l'oreille, d'allonger le vers qui semble trop court. La rime n'existe pas; ce sont les répétitions et autres retours sonores qui la remplacent. (...) La prononciation du japonais est très facile pour un lecteur francophone: le son u se prononce ou, sauf en fin de mot où il peut être muet, le son õ est un o long, r se prononce entre notre r et notre d, ch se prononce comme le tch de tchèque et f se prononce à mi-chemin du f et du h anglais. 
(...) l'ordre même des vers - ordre très important pour percevoir, dans le lent glissement des mots, la course calme du poème vers l'instant privilégié de sa chute "
(Préface) 

" Ondée printanière - (harusame ya)
divisent en s'éloignant 
paille et parapluie "

"Chaque fleur qui tombe (chiru tabi ni)
les fait vieillir davantage - (oi-yuku ume no) 
branches de prunier !" ( kozue kana)

"La mer au printemps 
tout au long de la journée 
sa danse ondulante !" (notari kana) 

" Avalant des nuages
puis recrachant des pétales -
le mont Yoshino "







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