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Boileau - L'art poétique

L'Art poétique de Boileau http://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Art_po%C3%A9tique"Fuyez de ces auteurs l’abondance stérile,
Et ne vous chargez point d’un détail inutile.
Tout ce qu’on dit de trop est fade et rebutant ;
L’esprit rassasié le rejette à l’instant.
Qui ne sait se borner ne sut jamais écrire
(...)
Heureux qui, dans ses vers, sait d’une voix légère
Passer du grave au doux, du plaisant, au sévère !
(...)
Prenez mieux votre ton, soyez Simple avec art,
Sublime sans orgueil, agréable sans fard.
(...)
Fuyez des mauvais sons le concours odieux :
Le vers le mieux rempli, la plus noble pensée
Ne peut plaire à l’esprit, quand l’oreille est blessée.
(...)
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
(...)
Hâtez-vous lentement, et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.
(...)
L’ignorance toujours est prête à s’admirer…

Gérard Le Gouic - De quoi sera faite la nuit

Gérard Le Gouic - De quoi sera faite la nuit ?De quoi sera faite la nuit ?
Je m’en vais solitaire
au bras de mon parapluie.Un chat noir et malin
sort d’un pommier en fleur
et coupe mon chemin.De quoi sera faite la nuit ?
La femme qui m’aimait
sur les épaules m’a lancé
sa haine et son balai
et comme une casserolée d’eau sur la nuque
le sang déjà fané de sa blessure.De quoi sera faite la nuit
si elle n’est plus la forêt
où l’on pouvait s’étendre
dans des cabanes de ténèbres ?

ALICIA SUSKIN OSTRIKER - Les Vieillards

ALICIA SUSKIN OSTRIKER - Les Vieillards
La bonté des vieillards me semble
Incommensurable, indicible.
Mon grand-père, le plus lointain de tous, joue aux échecs
Face à de studieux socialistes yiddish au Paradis
Auquel il ne croit pas ; il attend
Que je me précipite sur ses genoux
Pour écouter « L’histoire de celui qui allait
De lieu en lieu ». Il a traversé l’Europe
À pied jusqu’à Londres, s’est embarqué
Pour la goldeneh medina. Mon autre grand-père,
Dans son fauteuil marron près du piano,
Interdit de parole par sa femme,
Sourire timide et yeux brillants comme les fenêtres
D’un village de Lituanie le vendredi soir,
Attend lui aussi. Il y a Franck, un Irlandais
Tailleur d’arbustes dans les jardins de la Cité,
Qui m’appelle « Margaret O’Brien » à cause de mes nattes
Et me prête ses cisailles. Et, enfin, les amis de mon père,
Comme des moutons au bercail dans les squares désolés de l’East Side,
Qui me bichonnent, m’apprennent patiemment à jouer aux dames
À longueur d’automnes balayés par…

SYLVIA PLATH - Mort-nés

SYLVIA PLATH ^- Mort-nés (1960)Les poèmes ne vivent pas ; c’est leur triste destin,Bien qu’ils aient des orteils et des doigtsEt de petits fronts bombés.Leur mère les a couverts de p’tits soinsIls ne savent toutefois pas marcher.Ô je ne saurais dire ce qui leur est arrivé !Leur silhouette et leurs traits ; tout est parfait.Ils s’assoient gentiment dans la saumure !Et m’accueillent le sourire aux lèvresHélas ! Leurs poumons ne se remplissent pas d’airEt leur cœur ne se met pas à battre.Ils ne sont pas des cochons, pas même des poissons,Quoiqu’ils leur ressemblent—اa aurait été mieux s’ils étaient en vie.Mais ils sont morts et leur mère affolée l’est presque aussiIls la dévisagent, mais ne parlent jamais d’elle.

ALEJANDRA PIZARNIK - Arts invisibles

ALEJANDRA PIZARNIK - Arts invisibles« Toi qui chantes toutes mes morts,
Toi qui chantes ce que tu ne livres pas
au sommeil du temps,
décris-moi la maison vide,
parle-moi de ces morts habillés de cercueils
qui habitent mon innocence.Avec toutes mes morts
je me remets à ma mort,
avec des poignées d’enfance,
avec des désirs ivres
qui n’ont pas marché sous le soleil,
et il n’y a pas une parole matinale
qui donne raison à la mort,
et pas un dieu où mourir sans grimaces. »

Abstraction ~ Gabrielle Burel

Abstraction Espérer avec impatience 
Se carapater
Avec ferveur
Être kamikaze
À Madagascar
Devenir corvéable
Dans l'éclosion
D'une pastourelle
Sans faille
Où l'ourlet de tes lèvres
Sera la métaphore
Du rien
Moisir dans les haubans
Avec les travailleurs
Dans l'idée fugace
Et laiteuse
De lapider l'arabesque
Ineffable pour exorciser
Les ardeurs
Et embesogner le cocotier
D'un tour de manivelle
Magouiller avec le marabout
Naître décoller ululer
Hâve cambriole
À tayauter d'un fécondant
Diagonal
Coudre envisager
Distraitement l'immobilisation
Et par un insidieux marbrier
Essanger le tombereau
Chancreux de byssus Faisanderie
De la fleur de thym
Sans renaissanceGabrielle Burel
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PHILIPPE ROBERTS-JONES - PORTRAIT DU LIEU

PHILIPPE ROBERTS-JONESPORTRAIT DU LIEUJamais plus c'est toujours un chemin qui s'éprouvele rejet d'un oiseau recherche un autre envol, dans ce besoin d'ailleurs qui se heurte et se briseaux volets, aux façades, dédale d'un discours où l'argument se fuit au croisement des phrasestout est détour, la ville et son enfermement, poursuivi de rumeurs, travaillé par les chienspar le chuintement gras du passage d'autrui ; et le jour ne s'éteint que pour d'autres réveilsla ville et c'est soi-même, en séquence, en délire, la rongeuse ou fantasque, la dérobée, la follequi se nourrit d'excès et de quelques reliques, de vitrine en sous-œuvre, on fait ou fait valoirLa recherche de l'autre est la floraison d'êtretoute phrase est gésine une vague à venir et sans terme certain à la croisée des sens elle est graine porteuse et selon la rencontre elle sera ce fruit et sa propre
semenceD'encre et d'horizon

Birago Diop - Sagesse

Birago Diop - SagesseSans souvenirs, sans désirs et sans haine
Je  retournerai au pays,
Dans les grandes nuits, dans leur chaude haleine
Enterrer tous mes tourments vieillis.
Sans souvenirs, sans désirs et sans haine.

Je rassemblerai les lambeaux qui restent
De ce que j’appelais jadis mon cœur
Mon cœur qu’a meurtri chacun de vos gestes ;
Et si tout n’est pas mort de sa douleur
J’en rassemblerai les lambeaux qui restent.

Dans le murmure infini de l’aurore
Au gré de ses quatre Vents, alentour
Je jetterai tout ce qui me dévore,
Puis, sans rêves, je dormirai – toujours –
Dans le murmure infini de l’aurore.

Anna Akhmatova - Les poèmes

Les poèmes

Ce sont des extraits d'insomnies,
C'est le noir des bougies tordues,
C'est au matin le premier son
De blancs carillons par centaines...

C'est la tiédeur d'un appui de fenêtre
Sous la lune de Tchernigov,
Ce sont des abeilles, c'est un mélilot,
C'est la poussière, et l'ombre et la touffeur.

Anna Akhmatova - Requiem : Poème sans héros et autres poèmes

Unica Zürn - L'esprit hors de la bouteille

Unica Zürn – L’esprit hors de la bouteille

Traduction de Ruth Henry et Robert Valançay

Sors de la bouteille !
Il vaincra celui qui hors de la bouteille
Salue comme une plume. Ah !
Grand aigle de mer, fraîcheur, ô Toi jour !

L’esprit sorti de la bouteille
t’interroge. Qu’il lise cela,
terrifiant le noble, l’horreur t’a saisie.
Rocher des branches, dis, cela bruit.
Les champs — quand le feu bougea

resta la terre. Fraîcheur de la rosée.

La soif : plumage. Cendre
de verre pêchait le poison
de la terre. Qu’elle crépite, qu’elle parle
par la bonne flaque du tonneau
celle qui dévora la dépouille de la druidesse

déclara l’esprit de la bouteille.

Dis-le par la lumière de la plume.
Ecoule-toi jour de frissons.
Lis le visage de la femme.
Sors donc de la bouteille, rosée
Noble fraîcheur d’herbe

montant de la rivière.
Hélas ! Trois jours, trois

Il bruit le plumage.
Fini le sommeil. Le discours
de la bouteille monte du personnage.
Parle doucement comme la fumée de l’espr…

Bukowski - Le génie de la foule

Charles Bukowski – Le Génie de la foule

l y a assez de traîtrise, de haine, de violence,
D’absurdité dans l’être humain moyen
Pour approvisionner à tout moment n’importe quelle armée
Et les plus doués pour le meurtre sont ceux qui prêchent contre
Et les plus doués pour la haine sont ceux qui prêchent l’amour
Et les plus doués pour la guerre – finalement – sont ceux qui prêchent la paix

Méfiez-vous
De l’homme moyen
De la femme moyenne
Méfiez-vous de leur amour

Leur amour est moyen, recherche la médiocrité
Mais il y a du génie dans leur haine
Il y a assez de génie dans leur haine pour vous tuer, pour tuer n’importe qui

Ne voulant pas de la solitude
Ne comprenant pas la solitude
Ils essaient de détruire
Tout
Ce qui diffère
D’eux

Etant incapables
De créer de l’art
Ils ne comprennent pas l’art

Ils ne voient dans leur échec
En tant que créateurs
Qu’un échec
Du monde

Etant incapables d’aimer pleinement
Ils croient votre amour
Incomplet
Du coup, ils vous détesten…

Baudelaire - Hymne à la beauté

Charles BAUDELAIRE (1821-1867)Hymne à la beautéViens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme,
Ô Beauté ! ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l'on peut pour cela te comparer au vin.Tu contiens dans ton oeil le couchant et l'aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux l'Horreur n'est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L'amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l'air d'un…

Pessoa - Initiation

FERNANDO PESSOA - INITIATION


Tu ne dors pas sous les cyprès
car il n’est de sommeil en ce monde…
Le corps est l’ombre des vêtements
qui dissimulent ton être profond.

Vient cette nuit qu’est la mort,
et l’ombre s’achève sans avoir été.
Tu vas dans la nuit, simple silhouette,
Égal à toi contre ton gré.

Mais à l’Hôtellerie de l’Épouvante
les Anges t’arrachent ton manteau.
Tu poursuis sans manteau sur l’épaule
avec le peu qui te protège.

Lors les Archanges du Chemin
te dépouillent et te laissent nu.
Tu n’as plus ni vêtements ni rien :
tu n’as que ton corps, qui est toi.

Enfin, dans la profonde caverne,
les Dieux te dépouillent plus avant.
Cesse ton corps, âme externe,
Mais en eux tu vois tes égaux.

Le Sort n’a laissé parmi nous
que l’ombre de tes vêtements.
Tu n’es pas mort sous les cyprès.
Néophyte, il n’est point de mort.

Main verte... Composition

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Rêve

Main verte.... Composition

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Plaisir dans une tasse