samedi 20 août 2016

Angèle Paoli



« Il faudra alors oublier la lueur du regard
et laisser au sourire le temps de s’estomper
de n’être plus qu’une ombre au coin de ta paupière
à peine un battement imperceptible des cils
la soie d’un cheveu pâle glissé entre deux pages
juste un mot évadé de tes courriers froissés
juste un nom éclipsé dans l’océan du ciel
une larme égarée dans l’infini silence »

Angèle Paoli, Laisses de mer
[sur site : La poésie que j’aime - via Pierre Perrin ]

mercredi 3 août 2016

Xuan Quynh 1942 1988



Le bateau et la mer


Un jour , dire lequel ne saurait ,
Le bateau , à l'écoute de la mer ,
Se laisser mener de lieu en lieu
Par les albatros et les vagues bleues .

Le bateau est plein d'aspirations ,
Et la mer d'une immense affection .
Il navigue sans cesse , sans fatigue ,
Elle s'ouvre toujours et encore sur l'infini .

Les douces nuits baignées de lune ,
Comme une jeune fille , la mer
Vient auprès du bateau s'épancher
Au beau milieu des clapotis d'écume .

Mais il arrive aussi que sans raison ,
La mer déchaîne ses flots sur le bateau
Car l'amour comme nous le connaissons ,
N'a-t-il pas toujours des bas et des hauts ?

Le bateau est le seul à concevoir
A quel point la mer est immense .
La mer est la seule à savoir
D'où vient le bateau , vers où il avance .

Les jours où ils ne se rencontrent pas
La mer languit à se blanchir d'écume .
Les jours où ils ne se rencontrent pas
Le bateau souffre à se briser lui-même .

Si un jour le bateau s'en allait ,
Il ne resterait à la mer que l'orage violent ...

Poésie vietnamienne : Xuan Quynh
via Coeur & ACT


dimanche 17 juillet 2016

Luis de Lión

Via Laurent Bouisset (merci)

Luis de Lión, poète indien guatémaltèque séquestré et torturé à mort par les fascistes dans les années 80, avait trouvé le temps d'écrire avant le pire :

Epitafio

¿Por qué se empeña la muerte
en matar, vanamente, a la vida,
si la más humilde semilla
rompe la piedra más fuerte?

Épitaphe

Pourquoi la mort s'acharne-t-elle
à vainement tuer la vie,
si la plus humble graine déchire
la plus forte des pierres ?

lundi 4 juillet 2016

Deux poèmes dans Mgv2 85

Souffle

À peine une once un zeste
De quoi saupoudrer
De poudre de perlimpinpin
Les confins des rêves
D'un rire en attente
De sa joie
À peine un souffle un rien
De quoi soupirer
Sous les ponts d'antan
Aux frontières floues
D'un embryon à l'aube
De sa vie
À peine la peine sans veine
De quoi rempiler
De morgue dans les rues
Les trottoirs noirs de pas
Égarés sur le bitume
De l'ivresse
À peine un geste un regard
De quoi se souvenir
De tes épaules droites
Sous l'averse de l'adieu
Qui s'éloignent
Vers d'autres mains

Gabrielle Burel


Île

Figé sur l'île
A longueur de temps
Il scrute l'horizon
Du bleu délavé
De ses yeux
Fichée dans son coeur
La pointe malheureuse
Distille son poison
Noir de cette terre
Asséchée
Vissée sur la tête
La casquette à visière
Protège l'oeil
Fixé sur la ligne bleue
Du souvenir sans retour

Gabrielle Burel

vendredi 17 juin 2016

Réflexion... Mandelstam

"Une citation n'est pas un extrait. La citation est une cigale. Sa nature est de ne pouvoir se taire. Une fois accrochée à l'air, elle ne le lâche plus."

Ossip E Mandelstam
Entretien sur Dante - 1933

http://www.ennuagement.fr/page/la-citation-est-une-cigale/

mardi 14 juin 2016

Oléron par Gabrielle Burel sur La Cause Littéraire

http://www.lacauselitteraire.fr/oleron-par-gabrielle-burel

1000 vues dès le 16/6/16, merci
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Oléron

Avalé par la forêt

Coupé de la mer

S’enroue le souffle

À travers les pins

 

Et le sable

Recouvrant le sentier

Vole de la dune

 

Les troncs noircissent

Béants dressés dans le ciel serein

Et le sable

Roule vers la mer

Emportant les herbes

 

Les troncs blanchissent

Languissants sur la plage

 

La mer rejoint le sable

Malgré les arbres témoins

 

Le sable recouvre la trace

Les pas quittent l’horizon

Le courant emporte

Le secret de ses œuvres

 

Le sable censure la mémoire

S’écoule le temps de tout savoir

Le courant escamote

La foi des vœux

 

Et le sable

Dans un grand désordre

Ranime la vague

 

Gris dément

Grondement

La mer avale la forêt

 

Le sable danse dans le vent

La mer écume d’aise

 

Le souffle s’éteint

Le souffle s’empreint

 

La mer de trop de souvenirs

Explose la rage sur les écluses

Use la souffrance contre les galets

Puis joue de son écume avec les coquilles

 

Le sable oublie qu’il fut coquillage

Au fond de son cœur vibrait l’océan

La mer

Blessée se retire

 

Et le sable

Espérant son retour

Dessine des arabesques sacrées

 

La mer

Rassérénée

Revient à ses pieds

 

Le sable

Noyé d’allégresse

Chante l’union farouche

 

Gabrielle Burel

dimanche 5 juin 2016

Réflexion... Vieillir, c'est chiant... Bernard Pivot

"Vieillir, c'est chiant"  : par Bernard PIVOT

J’aurais pu dire :
vieillir, c’est désolant,
c’est insupportable,
c’est douloureux, c’est horrible,
c’est déprimant, c’est mortel.
Mais j’ai préféré « chiant » parce que c’est un adjectif vigoureux qui ne fait pas triste.
Vieillir, c’est chiant parce qu’on ne sait pas quand ça a commencé et l’on sait encore moins quand ça finira.
Non, ce n’est pas vrai qu’on vieillit dès notre naissance.
On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant.
On était bien dans sa peau.
On se sentait conquérant. Invulnérable.
La vie devant soi. Même à cinquante ans, c’était encore très bien. Même à soixante.
Si, si, je vous assure, j’étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme.
Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps –
mais quand – j’ai vu le regard des jeunes, des hommes et des femmes dans la force de l’âge qu’ils ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge.
J’ai lu dans leurs yeux qu’ils n’auraient plus jamais d’indulgence à mon égard.
Qu’ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables. Sans m’en rendre compte, j’étais entré dans "l’apartheid de l’âge".
Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants.
« Avec respect »,
« En hommage respectueux »,
« Avec mes sentiments très respectueux ».
Les salauds ! Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect ?
Les cons !
Et du « cher Monsieur Pivot » long et solennel comme une citation à l’ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus !

Un jour, dans le métro, c’était la première fois, une jeune fille s’est levée pour me donner sa place.
J’ai failli la gifler....
Puis la priant de se rassoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué.
« Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu, embarrassée.
J’ai pensé que… » Moi aussitôt :
«Vous pensiez que…?
-- Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous assoir.
– Parce que j’ai les cheveux blancs?
– Non, c’est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, ç’a été un réflexe, je me suis levée…-
- Je parais beaucoup beaucoup plus âgé que vous?
–Non, oui, enfin un peu, mais ce n’est pas une question d’âge… --Une question de quoi, alors?
– Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois…»

J’ai arrêté de la taquiner, je l’ai remerciée de son geste généreux et l’ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.

Lutter contre le vieillissement c’est, dans la mesure du possible, Ne renoncer à rien.
Ni au travail, ni aux voyages,
Ni aux spectacles, ni aux livres,
Ni à la gourmandise, ni à l’amour, ni au rêve.
Rêver, c’est se souvenir tant qu’à faire, des heures exquises. C’est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent.
C’est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l’utopie.
La musique est un puissant excitant du rêve.
La musique est une drogue douce.
J’aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant
soit l’adagio du Concerto no 23 en la majeur de Mozart,
soit, du même, l’andante de son Concerto no 21 en ut majeur, musiques au bout desquelles se révèleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l’au-delà.

Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés. Nous allons prendre notre temps.
Avec l’âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement. Nous ignorons à combien se monte encore notre capital.
En années? En mois? En jours?
Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital.
Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération.
Après nous, le déluge? Non, Mozart.

Bernard Pivot - Les mots de ma vie 2011

samedi 4 juin 2016

Oscar V. de L. MILOSZ 1877 1939

Et surtout que...

— Et surtout que Demain n’apprenne pas où je suis —
Les bois, les bois sont pleins de baies noires —
Ta voix est comme un son de lune dans le vieux puits
Où l’écho, l’écho de juin vient boire.
 
Et que nul ne prononce mon nom là-bas, en rêve,
Les temps, les temps sont bien accomplis —
Comme un tout petit arbre souffrant de prime sève
Est ta blancheur en robe sans pli.
 
Et que les ronces se referment derrière nous,
Car j’ai peur, car j’ai peur du retour.
Les grandes fleurs blanches caressent tes doux genoux
Et l’ombre, et l’ombre est pâle d’amour.
 
Et ne dis pas à l’eau de la forêt qui je suis ;
Mon nom, mon nom est tellement mort.
Tes yeux ont la couleur des jeunes pluies,
Des jeunes pluies sur l’étang qui dort.
  
Et ne raconte rien au vent du vieux cimetière.
Il pourrait m’ordonner de le suivre.
Ta chevelure sent l’été, la lune et la terre.
Il faut vivre, vivre, rien que vivre...

OSCAR V. DE L. MILOSZ
Les sept solitudes, 1906

jeudi 2 juin 2016

Paul de Roux



"Un poème abandonné des dieux
demande la vie pour relever
les draps froissés, la chaise renversée,
mais sans les dieux pas de parfum
aux roses élevées en serre, sans un dieu
déguisé, anonyme, pas d'espace
entre les échoppes du marché,
les lits de l'hôpital, sans un dieu
pas de vers et pas d'amour, fut-il
limité à la beauté passagère
de celle qui ne se retourne pas"

Paul de Roux


dimanche 29 mai 2016

Léon DIERX 1838 1912


Le Vieux Solitaire

Je suis tel qu’un ponton sans vergues et sans mâts,
Aventureux débris des trombes tropicales,
Et qui flotte, roulant des lingots dans ses cales,
Sur une mer sans borne et sous de froids climats.
 
Les vents sifflaient jadis dans ses mille poulies.
Vaisseau désemparé qui ne gouverne plus,
Il roule, vain jouet du flux et du reflux,
L’ancien explorateur des vertes Australies !
 
Il ne lui reste plus un seul des matelots
Qui chantaient sur la hune en dépliant la toile.
Aucun phare n’allume au loin sa rouge étoile ;
Il tangue, abandonné tout seul sur les grands flots.
 
La mer autour de lui se soulève et le roule,
Et chaque lame arrache une poutre à ses flancs ;
Et les monstres marins suivent de leurs yeux blancs
Les mirages confus du cuivre sous la houle.
  
Il flotte, épave inerte, au gré des flots houleux,
Dédaigné des croiseurs aux bonnettes tendues,
La coque lourde encor de richesses perdues,
De trésors dérobés aux pays fabuleux.
 
Tel je suis. Vers quels ports, quels récifs, quels abîmes,
Dois-tu les charrier, les secrets de mon cœur ?
Qu’importe ? Viens à moi, Caron, vieux remorqueur.
Écumeur taciturne aux avirons sublimes !

LEON DIERX

mercredi 25 mai 2016

Réflexion... Victor Hugo

De certaines pensées sont des prières. Il y a des moments où, quelle que soit l'attitude du corps, l'âme est à genoux.

Victor Hugo - Les Misérables

http://www.livresse.com/Livres-enligne/lesmiserables/040504.shtml

René Char 1907 1988




Matin par Gabrielle Burel

Matin

Un bouquet devant la fenêtre
Un livre ouvert sur la table en bois
Le café patiente

Gabrielle Burel
25/05/216


samedi 21 mai 2016

Francis JAMMES 1868 1938



Il va neiger...

Il va neiger dans quelques jours. Je me souviens
de l'an dernier. Je me souviens de mes tristesses
au coin du feu. Si l'on m'avait demandé : qu'est-ce ?
J'aurais dit : laissez moi tranquille. Ce n'est rien.

J'ai bien réfléchi, l'année avant, dans ma chambre,
pendant que la neige lourde tombait dehors.
J'ai réfléchi pour rien. A présent comme alors
Je fume une pipe en bois avec un bout d'ambre.

Ma vieille commode en chêne sent toujours bon.
Mais moi j'étais bête parce que tant de choses
ne pouvaient pas changer et que c'est une pose
de vouloir chasser les choses que nous savons.

Pourquoi donc pensons nous et parlons-nous ? C'est
nos larmes et nos baisers, eux, ne parlent pas,[ drôle;
et cependant nous les comprenons, et les pas
d'un ami sont plus doux que de douces paroles.

On a baptisé les étoiles sans penser
qu'elles n'avaient pas besoin de nom, et les nombres,
qui prouvent que les belles comètes dans l'ombre
passeront, ne les forceront pas à passer.

Et maintenant même, où sont mes vieilles tristesses
de l'an dernier ? A peine si je m'en souviens.
Je dirais: Laissez-moi tranquille, ce n'est rien,
si dans ma chambre on venait me demander : qu'est-ce ?

IL va neiger...

Francis JAMMES ( 1868_1938 )


http://www.francis-jammes.com/

http://www.poemes.co/francis-jammes.html

http://www.poesie.net/jam2.htm

http://www.florilege.free.fr/florilege/jammes/

http://www.paradis-des-albatros.fr/?poete=jammes

http://www.florilege.free.fr/recueil/jammes-de_l_angelus_de_l_aube_a_l_angelus_du_soir.html

http://www.bourricot.com/Poetes/ListePoesies.html

http://www.unjourunpoeme.fr/auteurs/jammes-francis

https://fr.wikisource.org/wiki/Auteur:Francis_Jammes

https://fr.wikipedia.org/wiki/Francis_Jammes

lundi 16 mai 2016

Les Marins Xavier Grall

Les marins

Les vieux de chez moi ont des îles dans les yeux
Leurs mains crevassées par les chasses marines
Et les veines éclatées de leurs pupilles bleues
Portent les songes des frêles brigantines

Les vieux de chez moi ont vaincu les récifs d'Irlande
Retraités, usant les bancs au levant des chaumières
Leurs dents mâchonnant des refrains de Marie-Galante
Ils lorgnent l'horizon blanc des provendes hauturières

Les vieux de chez moi sont fils de naufrageurs
Leurs crânes pensifs roulent les trésors inouïs
Des voiliers brisés dans les goémons rageurs
Et luisent leurs regards comme des louis

Les vieux de chez moi n'attendent rien de la vie
Ils ont jeté les ans, le harpon et la nasse
Mangé la cotriade et siroté l'eau-de-vie
La mort peut les prendre, noire comme la pinasse

Les vieux ne bougeront pas sur le banc fatigué
Observant le port, le jardin, l'hortensia
Ils diront simplement aux Jeannie, aux Maria
« Adieu les belles, c'est le branle-bas »

Et les femmes des marins fermeront leurs volets

XAVIER GRALL (1930~1981)

Alda Merini 1931 2009



"J'aime la simplicité qu'accompagne l'humilité.
J'aime ceux qui savent écouter le vent sur la peau, sentir les odeurs, en capturer l'âme.
Parce que là est la vérité, là est la douceur, là est la sensibilité, là est encore l'amour."

Alda Merini


Philippe Roberts Jones



PORTRAIT DU LIEU

Jamais plus c'est toujours un chemin qui s'éprouve

le rejet d'un oiseau recherche un autre envol, dans ce besoin d'ailleurs qui se heurte et se brise

aux volets, aux façades, dédale d'un discours où l'argument se fuit au croisement des phrases

tout est détour, la ville et son enfermement, poursuivi de rumeurs, travaillé par les chiens

par le chuintement gras du passage d'autrui ; et le jour ne s'éteint que pour d'autres réveils

la ville et c'est soi-même, en séquence, en délire, la rongeuse ou fantasque, la dérobée, la folle

qui se nourrit d'excès et de quelques reliques, de vitrine en sous-œuvre, on fait ou fait valoir

La recherche de l'autre est la floraison d'être

toute phrase est gésine une vague à venir et sans terme certain à la croisée des sens elle est graine porteuse et selon la rencontre elle sera ce fruit et sa propre
semence

D'encre et d'horizon


PHILIPPE ROBERTS-JONES


Charles Bukowski



"Nous allons tous mourir, chacun d’entre nous, quel cirque! Cela seul devrait nous faire aimer l’autre, mais ça ne fonctionne pas. Terrorisés et aplatis par des futilités, nous sommes dévorés par rien"

Pour avoir du style, il faut s'ouvrir à l'autre.
Pour avoir du style, il faut mettre sa peau sur la table.
Le style, c'est l'homme nu.
Le style, c'est l'homme seul perdu dans la foule.

Charles Bukowski Un carnet taché de vin
(Traduit par Alexandre et Gérard Guégan)

Comprends moi. Je ne vis pas dans le monde ordinaire. J’ai ma folie, je vis dans une autre dimension, et je n’ai pas de temps pour les choses sans âme
.
Understand me. I’m not like an ordinary world. I have my madness, I live in another dimension and I do not have time for things that have no soul.
Charles Buckowski

"LE CŒUR RIANT"

Ta vie c’est ta vie
ne la laisse pas prendre des coups dans une moite soumission.
guette.
il y a des issues.
il y a une lumière quelque part.
ce n’est peut-être pas beaucoup de lumière mais
elle brise les ténèbres.
guette.
les dieux t’offriront des chances.
connais-les.
prends-les.
tu ne peux pas battre la mort mais
tu peux battre la mort en vie, parfois.
et plus tu apprendras à le faire,
plus il y aura de lumière.
ta vie c’est ta vie.
sache-le pendant qu’elle t’appartient.
tu es merveilleux
les dieux attendent de se réjouir
en toi.
( CHARLES BUKOWSKI)
.Traduit par Olivier Favier.

The laughing heart

your life is your life
don’t let it be clubbed into dank submission.
be on the watch.
there are ways out.
there is a light somewhere.
it may not be much light but
it beats the darkness.
be on the watch.
the gods will offer you chances.
know them.
take them.
you can’t beat death but
you can beat death in life, sometimes.
and the more often you learn to do it,
the more light there will be.
your life is your life.
know it while you have it.
you are marvelous
the gods wait to delight
in you.
( CHARLES BUKOWSKI)

BUKOWSKI - MIRACLE

Travailler une forme artistique
ne signifie pas
se tortiller comme un ver solitaire
rassasié,
ça ne justifie pas non plus les grands airs
ni la cupidité, ni en aucun cas
le sérieux, mais je crois deviner
que ça occupe les meilleurs moments
des meilleurs d'entre nous,
et lorsque ceux-là meurent
et que quelque chose d'autre ne meurt pas,
nous voyons le miracle de l'immortalité :
des hommes arrivés comme des hommes,
repartis comme des dieux -
des dieux dont nous savions qu'ils étaient ici,
des dieux qui nous laissent maintenant continuer
quand tout nous presse d'arrêter. - See more at: http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/charles-bukowski-les-jours-sen-vont-comme-des-chevaux-sauvages-dans-les-collines/gwen#sthash.vWMfFK6r.dpuf

Sabine Sicaud 1913 1928



Le chemin de crève-coeur

Un seul coeur ? Impossible
Si c'est par lui qu'on souffre et que l'on est heureux.
On dit : coeur douloureux,
Coeur torturé, coeur en lambeaux -
Puis : joyeux et léger comme un oiseau des Iles,
Un coeur si grand, si lourd, si gros
Qu'il n'y a plus de place
Pour rien d'autre que lui dans notre corps humain.
Puis évadé, baigné d'une grâce divine ?
Un coeur si plein
De tout le sang du monde et ne gardant la trace
Que d'une cicatrice fine qui s'efface ?
Impossible ! Il me faut plusieurs coeurs.
Le même ne peut pas oublier dans la joie
Tout ce qu'il a connu de détresse une fois
- Une fois ou plusieurs, chaque fois pour toujours -
Mon coeur se souviendrait qu'il fut un coeur trop lourd
Et ne serait jamais un coeur neuf, sans patrie,
Sans bagage à porter de vie en vie.

(Sabine SICAUD (1913-1928)

dimanche 15 mai 2016

David Bunel



DAVID BUNEL - TE LAISSERAIS TU FAIRE

Te laisserais tu faire ? Cette cage hérissée
Je pourrais te défaire, je porte en moi la clé .
Comme le vent du désert, sur ton coeur pétrifié
Amore pour te plaire, chaud je pourrais souffler
Qu'il cesse de se taire une fois libéré .

Te laisserais tu faire, saurais tu m'accepter ?
Toi qui a tant souffert, je n'ai pas oublié
Tous les souffles sincères à mon oreille avoués .

Je ne suis de ce fer qui a tout abimé ,
Au sortir de l'Enfer, idem j'ai brûlé
Oh sortir de l'hiver, forts d'une dualité
Nos âmes seraient légères aux chemins partagés ...



PAUL NEUHUYS 1897 1984



 ART POÉTIQUE

Écrire en vaut-il la peine

Des mots, des mots

Pourtant il ne faut pas dire:
Hippocrène

je ne boirai plus de ton eau.

La poésie,

je la rencontre parfois à l'improviste

Elle est seule sous un saule

et recoud ma vie déchirée.

Écoute le son de la pluie dans les gouttières de zinc
Aime les formes brèves et les couleurs vives
Foin des natures mortes et des tableaux vivants
Fous-toi de la rime

Que la tour d'ivoire devienne une maison de verre et se brise

Epitaphe:

Encor qu'il naquit malhabile
Il ne resta point immobile
Et disparut chez les
Kabyles
D'un accident d'automobile.

 PAUL NEUHUYS


Marcel Légaut 1900 1990

L'essentiel ne s'enseigne pas. Il se révèle à chacun dans l'intime comme une annonciation que murmure l'espérance.

Nul ne le découvre qui déjà n'en porte secrètement en lui, et souvent dès la jeunesse, l'intuition majeure.

Marcel Légaut

samedi 14 mai 2016

Anna Akhmatova 1889 1966

Les poèmes

Ce sont des extraits d'insomnies,
C'est le noir des bougies tordues,
C'est au matin le premier son
De blancs carillons par centaines...

C'est la tiédeur d'un appui de fenêtre
Sous la lune de Tchernigov,
Ce sont des abeilles, c'est un mélilot,
C'est la poussière, et l'ombre et la touffeur.

Anna Akhmatova- Requiem : Poème sans héros et autres poèmes

Sagesse Birago Diop 1906 1989



 Sagesse

Sans souvenirs, sans désirs et sans haine
Je retournerai au pays,
Dans les grandes nuits, dans leur chaude haleine
Enterrer tous mes tourments vieillis.
Sans souvenirs, sans désirs et sans haine.

Je rassemblerai les lambeaux qui restent
De ce que j’appelais jadis mon cœur
Mon cœur qu’a meurtri chacun de vos gestes ;
Et si tout n’est pas mort de sa douleur
J’en rassemblerai les lambeaux qui restent.

Dans le murmure infini de l’aurore
Au gré de ses quatre Vents, alentour
Je jetterai tout ce qui me dévore,
Puis, sans rêves, je dormirai – toujours –
Dans le murmure infini de l’aurore.



Birago Diop -


La mer en poèmes



Robert Momeux - Paysages intérieurs


Mourir près de la mer
Qui ne sort pas de ses lumières
Qui jette son sablier
Dans les roues de la fortune

mercredi 11 mai 2016

Bella Akhmadoulina 1937 2010

 INCANTATION

Ne me pleurez pas, je saurai vivre
en mendiante heureuse, en gentille bagnarde,
en méridionale glacée par le climat nordique,
en Pétersbourgeoise poitrinaire et méchante
dans la malaria du sud je vivrai.

Christian Dotremont 1922 1979


Être ensemble

Ma femme est un buisson vivant de moire
la mer un grand drapeau tombé
le feu est le rêve de l'arbre
le vent un grand drapeau décoloré
mais la guerre n'est pas la paix.
Il ne suffit pas de parler à l'envers
d'être langouste à longue langue
pour que nous rêvions.

La poésie Robert Hamel


"La poésie ne court pas les tapis rouges. Elle a horreur du décorum. Elle ne porte pas de vêtements griffés. Elle s’offre rarement des grands crus et préfère la bière artisanale. Elle ne paie ni le loyer ni l’épicerie, et se divise trop souvent en castes. Elle ne craint pas les prises de becs. Elle a parfois l’égo surdimensionné et souvent les émotions à fleur de peau. Mais, malgré tous ses excès et son allure paumée, elle a le cœur grand et le sens de la fête. Elle est le théâtre d’amitiés profondes et singulières. Et elle adore s’aventurer hors des sentiers battus."

Robert Hamel